Charlotte Ritzow, 2013

"J'ai adopté la fermeture éclair comme un instrument expressif, comme un symbole ou une métaphore de la vie quotidienne.

La fermeture éclair s'ouvre et se ferme comme un trait,  commencer une course et s'arrête au point d'arrivée.

Commence et se termine, comme le dialogue, l'espoir, l'amour et la vie.

Non seulement cela: 

ouvre et révèle ou masque et cacher. La révélation favorise la vérité, la fermeture la simulation, le déni, la trahison de la sincérité.

La fermeture éclair, pour le meilleur ou pour le pire, appartient à la vie quotidienne, de nous tous, a les pages, le plus simple ou de le plus tordu de notre existence.

La fermeture éclair tient nos relations personnelles,  renforce affection e entrevues, la solidarité et l'amitié, la confiance et l'avenir.

Il s'ouvre comme un horizon d'images et se ferme comme un coffre-fort de silence, comme la pierre tombale du passé.

Nous pouvons traduire dans l'absolu d'une idée, dans la mémoire, dans l'imagination, la conscience et de l'intériorité. Vous pouvez même penser que la fermeture éclair est un portrait, social, moral, de l'individu et de son âme.

C'est une chose simple, mais il ya mille pages de lecture, et dans ce que je trouve fascinant.

Mais en même temps, et au contraire, cache la réalité, refusé l'entrevue, soulève une bordure, une barrière, préserve les lieux nié et éloigne la perspective.“

Charlotte Ritzow 

Le Retour d‘Alice -  Paolo Levi, 1999

Le vécu artistique de Charlotte Ritzow est de récente date, mais je désire recommander aux gens de ne pas céder à la tentation de lire ses oeuvres dans une optique simpliste liée au fait que la peintre soit une jeune personne et, par conséquent, une apprentie.

Son mode d’expression poétique, au contraire, enfonce ses racines dans un monde expérimental acquis dans son propre pays, l’Allemagne, où elle a étudié et approfondi pleinement l’art de la palette.

Travaillant en Italie et changeant, de ce fait, les conditions ambiantes, nous nous rendons compte que dans ses oeuvres s’entrelacent les moments cultivés – ceux qui suivent, de manière savante, les canons du “ métier ” tourné vers la belle peinture – et les moments à la dimension magico-expressive.

Charlotte Ritzow est une peintre libre, européenne. Pour ce qui est de la narration figurative elle n’a pas de nostalgies nordiques, expressionnistes. Tout au plus, ses oeuvres sont des oeuvres qui présentent un solide patrimoine du rayonnement solaire totalement méditerranéen.

La réalisation de “ Plage ” porte sous les feux de la rampe une peintre consciente de savoir conjuguer sa propre pensée narrative à la joie de la matière. C’est un travail lumineux : la voile blanche à l’horizon est un signe-signal de lumière, qui inonde abstraitement la toile, composée de dégradés de bleus foncés et de bleus ciel.

Grâce à un tempérament naturellement contemplatif, cette jeune fille de la palette est encline, surtout, à un art de la vision, figuratif-informel, avec un sens intime tourné vers des souvenirs, des sensations inconscientes qui tendent à se décanter.

On peut imaginer que le premier environnement formatif – celui qui se rapporte aux cours académiques de peinture dans son pays de naissance – n’a pas du tout changé sa tendance à respecter ses propres visions oniriques et essentielles, à s’abandonner à celles-ci par le biais de la beauté de l’écriture picturale.

Charlotte Ritzow a le don d’obtenir de chaque tableau la plus grande clarté par une formulation de sens qui confirment une forte personnalité créative.

C’est le cas du tableau suggestif “ Coucher de soleil ”, à la beauté de composition impérieuse. Notre peintre saisit les thèmes analogues exécutés par Nicolas de Stael, exposés au château d’Antibes, et, elle sait, bien sûr, mettre la même sensibilité dans la couleur étalée à l’horizontale à travers de lentes figures picturales, avec des variantes de noirs, de jaunes et d’orangés.

L’accent intimiste résout et exalte le sens qu’elle a de la fable et du mythe d’un monde constamment transfiguré. Elle fait sans cesse preuve d’un état d’âme qui se sert de couleurs allusives et s’amuse à des simplifications. Ses marines, au chromatisme vibrant, sont singulières et, en même temps, révèlent une âme intérieurement contemplative.

Elles confirment une ferme exigence d’exalter au mieux sa propre personnalité imaginative, comme dans “ Solitude ”, où une voile à la candide blancheur – solitaire, justement – semble monologuer sans défense, entre des vagues gigantesques qui sillonnent une mer bleue, avec des tonalités luminescentes. Le large signe pictural se meut, joyeusement, au travers d’appels d’espaces qui évoquent une charge émotive contrôlée.

La jeune peintre croit profondément en sa propre profession de narratrice de sentiments abstraits, tournés vers un invisible qui sur la toile se fait visible.

Sa chance actuelle d’artiste – et je suis certain qu’il en sera de même dans le futur – vit à travers une autonomie totale, comparé aux courants artistiques contemporains de ce qui est appelé “ l’art jeune ”. Elle évite, en fait, l’art médial, l’art brut, le conceptualisme. Elle préfère, au contraire, se diriger gracieusement vers un monde pensif et lunaire ou semi-abstrait, dans une allusion lyriquement figurative. C’est le cas de “ Lune flottante ”, à mon avis, une des plus significatives de ses compositions, où apparaît au grand jour la connaissance de la couleur comme expression linguistique : c’est un jeu continuel de couleurs et de contours, du reflet jaune de la lune qui épouse des gammes de bleu turquoise ainsi qu’un noir et un gris anthracite. Le ciel étoilé est une palette lyrique de points blancs qui annoncent le silence de la nuit. Face à cette oeuvre, nous mettons en garde sur le grand nombre de déguisements pouvant servir à présenter son propre rêve. Charlotte Ritzow utilise ceux de l’enfance, bizarres, extravagants, qui portent toujours en eux des noeuds de magiques attentes et de longs voiles de bonheur mélancolique, comme dans le cas du tableau “ Le phare d’Hiddensee ”, dans lequel une ample traînée atonale, rouge naphtol carminé domine en bas un paysage de teinte vert foncé de Hooker.

Il semble que ses indications paysagistes soient, parfois, poétiquement vagues, fugitives. Charlotte Ritzow est un peu comme ses cadres. Elle vogue solitaire à travers ses propres fables-mythes et la chaude splendeur des couleurs, la précision bien définie de la partition chromatique, qui empêche équivoques et confusions.

Avec la représentation panthéiste du grand chêne, dans l’oeuvre forte intitulée “ Energie ”, l’image de la nature semble transfigurée en une puissance expressive à la force fauve et vivre dans un cercle étranger à celui du “ vrai ”, du tangible.

Nous devons souligner que Charlotte Ritzow occupe un poste à part sur la scène picturale des jeunes artistes européens. Elle est également loin des envolées irrationnelles des avant-gardes récentes et des paresses d’une figuration qui n’a plus envie, à ce qu’il semble, de relater des moments d’authentique poésie.

Charlotte Ritzow est, au contraire, une artiste qui défend jusqu’à l’excès le rêve-rêvé, qui se renouvelle sans cesse sur la toile.

Notre oeil a la possibilité d’accéder à certaines de ses géniales libertés d’improvisation (v. “ Le cygne ”) et en même temps à des définition formelles d’un candeur enchantée. Ça fait plaisir que son jugement sur notre époque soit à ce point détaché. Chaque composition en refuse les aspects dramatiques, les anxiétés, les angoisses, faisant coïncider le monde de sa fantaisie avec les idéaux d’un rêve avant-coureur, où, souhaitons-le nous, règnera un jour la paix.

Quelques fois s’y joignent des mirages figuratifs de la peinture muséale du début du XXème siècle (v. “ Le baiser ”) que Charlotte Ritzow a, inévitablement, dans le sang, comme une lymphe créatrice et rénovatrice.

Le rêve qui transfigure la nature et la figure humaine (parfois, cauchemar évoqué par une légère clef ironique, je pense à “ La vengeance ”) élève ultérieurement sa narration, comme un jeu délicieusement surréel, à la mobilité figurative et à la fixité emblématique. En effet, les figures de femme représentées par Charlotte Ritzow, que symbolisent-elles sinon le vide de l’existence ? Qu’en est-il d’elles ? Quand elles sont en scène – dans ses cadres – elles semblent des figures dans des attitudes alarmantes, qui portent l’observateur à une légère irritation du fait de leur aspect théâtral, grotesque.

En réalité, par-dessus tout, la mer, avec le ciel bleu, est la véritable scène de son monde poétique. Charlotte est, en effet, une sorte d’Alice qui vogue heureuse au Pays des Merveilles.

Le rêve-rêvé anime sa page picturale qui exprime silence en même temps que son, empiétant, à chaque fois, sur le plan de l’abstraction féerique. L’abstraction, quoi qu’il en soit, est matérialisée par elle, par le biais d’une allusion figurative, au timbre atone, évocatrice de rayonnement solaire. 

Nous devons prêter attention à ses partitions chromatiques nettes, au signe horizontal, décidé, géométrisant, marqué. Chaque composante, ne l’oublions pas, exprime une gaieté de situations qui furent typiques dans les oeuvres de Nicholas de Stael et de visions de lunes rondes, de symboles de cette enfance éternelle dont Paul Klee fut le chantre.

Charlotte Ritzow – et là réside sa maturité – a donné plus d’importance au chromatisme qu’au sujet qui, en général, lui jaillit heureux du coeur. Son geste premier tend surtout à la couleur, comme modulation et épaisseur qui s’éparpille , harmonieuse, sur toute la superficie du cadre. Le chromatisme atone agrége, ainsi, certains élément précis et amples de la mosaïque chaude, suggestive, d’une fable magnifiquement ouverte, où notre oeil plane enchanté sans labyrinthes visuels.

 

Paolo Levi, 1999

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